La pompette chaudette et la tommette grassette

Pour se reposer quelques minutes
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Il était une fois un roi qui avait passé un édit : il se proposait de donner sa fille en mariage à celui qui saurait lui faire un bateau qui irait aussi bien sur terre que sur mer. Une drôle d’idée, sans doute qu’il voulait chercher des noises à un de ses voisins ? On ne le saura sans doute jamais, les rois ont parfois des idées curieuses. Et puis c’est le roi, on n’y peut pas grand chose.
Dans une ferme du côté de la Briolance vivaient une veuve et ses trois grands fils. Eh pardi ils n’étaient pas bien riches, même s’ils étaient courageux et travailleurs, leur terre avait bien autant de cailloux qu’un chien de barancoin a de puces.
Quand il a entendu le garde champêtre avec son beau képi, lire l’édit, l’aîné rentra plus tôt des champs et demanda à sa mère «maman fais moi pour demain : une pompette chaudette et une tommette grassette»
«Eh qu’est ce que tu veux faire avec ça» ?, «Je veux fabriquer le bateau, le roi me donnera sa fille et nous serons riches. On dit, en plus, qu’elle est bien bravette, ça nous fera de beaux enfants».
La mère lui fait la pompette et la tommette, il s’en va au bois et le pauvre malheureux, il a à peine attaqué avec sa hache un gros fraysse, que la hache glisse et qu’il se coupe une jambe. Il retourne à la maison à cloche pied, et sa mère était bien ennuyée de se retrouver avec un de ses garçons qui ne pouvait plus rien faire.
Une semaine n’était pas passée que le second fils lui demande « fais moi une pompette chaudette et une tommette grassette, je vais y aller moi aussi, et tu verras nous serons riches et heureux»,
«Regarde ton frère comme il s’est arrangé, si c’est pas malheureux». Elle a eu beau lui en dire, il ne démordait pas de son idée alors elle a fini par les lui faire et il est lui aussi parti dans le bois et il n’a pas eu à y rester bien longtemps, sa hache dérape sur un gros fayard, et une jambe de moins.
Qu’est ce qu’elle pouvait pleurer la pauvre mère : deux de ses grands fils, les plus costauds qui avaient une jambe en moins et ne pouvaient plus travailler la ferme aussi bien qu’avant.
Il ne s’était pas passé quinze jours que le plus jeune vient la voir pour lui demander une pompette chaudette et une tommette grassette.
La pauvre mère a eu beau tout faire pour le dissuader, il était têtu et il n’a rien voulu savoir il a fallu qu’elle les lui prépare.

Lui, il est rentré dans la forêt, et il s’est mis au travail. Il a eu plus de chance que ses frères pendant un bon mois on a entendu cogner, couper, clouer, les copeaux volaient comme la neige en hiver, personne n’osait plus entrer dans ce bois. Il a aussi passé des commandes et on a vu aussi arriver des carrettous tout chargés de ferrailles diverses, de pièces de bronze, Bref à la fin du mois on l’a vu sortir sur son engin. Et il filait à travers les champs les routes, les rivières, et même les étangs (on n’a pas de mer sous la main de ce côté là), comme si le diable le portait.

Tout faraud, le troisième fils arrive au château sur son engin, qui c’est qui a été bien couillonné, pardi, c’est le roi. Il s’attendait à ce que ce soit un grand savant qui fasse la machine, mais ils en étaient encore à leurs calculs en lui disant que ce n’était pas faisable et c’est un jeune paysan qui l’avait fabriqué et elle marchait vraiment très bien. «Monsieur le Roi, voilà la barque je viens chercher votre fille».

Un moment, un moment garçon, ma fille tu l’auras : mais il faut que tu emmènes le château avec.

Ah si ce n’était pas le roi, un mauvais payeur comme ça, il lui aurait bien donné une avoine. Mais quand c’est le roi, c’est plus difficile.
Alors il s’en va avec sa machine à travers champs et rivières, pour trouver l’idée qui lui permettra d’avoir son dû.
Il passait près d’une pinède quand il voit un gros garçon en faire le tour avec une grosse corde, la serrer, la prendre toute entière sur son dos. «Qu’est ce que tu fais l’homme» ? «Tu vois bien je suis en train de lier mon faix. Il veut emporter la pinède tout d’un coup, mais le château c’est certainement moins difficile. Il emmène avec lui l’homme chez le roi, et arrivé au château, : «monsieur le roi, je viens chercher la fille et le château/«, la dessus l’autre, tout tranquillot, commence à entourer le château et même les tours avec sa grosse corde, zut un noeud, il tire dessus pour le défaire, là dessus les murailles commencent à craquer «arrête arrête, je te donne ma fille». Mais l’autre n’avait pas encore terminé de ranger sa corde que le roi emmène le troisième frère à l’étable royale et lui montre dix paires de boeufs gras. «mange les tous et je te la donne»

Le voilà reparti sur les routes. Il tournait depuis un moment quand il en avise un, sur le bord de la route maigre à faire peur, et des dents on aurait cru la chicheface !… en train de ronger un os, dur comme la pierre. Depuis cent ans il n’y avait plus de viande il en cherchait encore le goût.
«Eh, voilà mon affaire, celui là en mangera peut-être bien quelques uns».
«Dis l’homme vient avec moi, je vais t’en trouver des plus gras que tu m’en diras des nouvelles». Il le monte dans la barque et les voilà au château du roi. «monsieur le roi, nous venons manger les boeufs» On les mène à l’étable, le roi tirebouchonné de rire. L’autre met sa serviette autour du cou, il avise un des plus gras et se met à le manger, les cornes aussi. «Arrête, arrête brâme le roi, il me mangerait tout ce goinfre» !.
«Eh bien alors la fille» ?
Fais moi d’abord sortir cet espèce de goinfre. mais c’était pas fini quand ils se sont retrouvés tous les deux, le roi encore voulait finasser :
"On a mangé maintenant il faut bien boire", il te l’emmène dans une cave où il y avait dix pièces de vin. «bois moi les toutes, et je te la donnes aussi vrai que je suis le roi» Eh pauvre, ce n’était pas si simple. Il repart sur les routes avec son engin et tourne que je retourne, il trouve Pierrot un brave homme, en train de sucer des douelles de tonneau pour essayer d’y trouver encore le goût du vin. depuis cent ans il n’en avait pas bu une goutte. «Viens ici l’ami, je vais t’emmener là où tu vas pouvoir boire tout ton saoul.. L’autre, tirant une langue qu’elle en traînait presque par terre, monte dans le bateau. «Bonjour monsieur le roi, nous venons boire votre vin».
«Eh bien, cochon qui s’en dédit : à votre santé». Le Pierrot s’approche, hume, il regarde les demi muid, renifle, et il t’en avale un : la bonde le robinet et tout.

«Arrête arrête crie le roi cet ivrogne va vider ma cave» «Cette fois monsieur le roi j’ai gagné la fille». ne sois pas si pressé par cette chaleur. Il l’emmène à une fenêtre et lui montre dix moulins qui ne tournaient plus faute d’eau. «fais les moi tourner que les meules en fassent du feu comme le briquet» !

Le jeune commençait à roundiner : «si ce n’était pas le roi, je te les lui ferais bien bouffer ses moulins ses boeufs, ses tonneaux», Là dessus il trouve une vieille qui se tortillait au bord du chemin elle n’avait pas pissé depuis cent ans. «aqueste cop, ils tourneront les moulins. Viens ici la vieille je vais te montrer ou aller» Il te la met en position sur une colline juste au dessus du premier moulin « ça y est tu peux tout lâcher» La vieille s’y met : une fontaine mes amis, la Dordogne ou même Gironde ! Le roi entends le bruit : "ce galopiot aura encore trouvé un biais» il court à la fenêtre quand l’inondation emportait le premier moulin. «Arrête arrête la vieille elle va tous me les noyer. Je vous demande excuse monsieur le roi, mais cette fois j’en ai assez fait alors vous me donnez votre fille». «ça on peut le dire que tu es malin" le roi n’a rien trouvé à redire, même qu’il sera fier de son gendre.

Les noces ont été une grande ripaille on a mangé deux paires de boeufs bu toutes les pièces de vin qui restaient, et sans compter le reste tout le monde a trouvé dans son assiette une pompette chaudette et une tommette grassette.

je passe par mon pré, le conte est terminé.
Ann Avatar de l’utilisateur

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Merci :;):
Il en va de la cuisine comme des plus belles œuvres de l'art : On ne sait rien d'un plat tant qu'on ignore l'intention qui l'a fait naître.
- Daniel Pennac / Le dictateur et le hamac -
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