La gardeuse de dindons

Pour se reposer quelques minutes
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Il était une fois un paysan qui labourait un champ pas très proche de chez lui. Il lui venait de sa tante Mion et il y venait quand même tous les ans y faire quelques plantations, même si ça ne l’arrangeait pas trop, parce qu’il était loin. Il venait d’arrêter sa charrue dans la talavère (ou la tournière comme disant les gens du nord), cet endroit en bout de labour qui reste sans sillon : il faut bien faire tourner les boeufs et la charrue. Il se préparait à manger le contenu de sa saquette, quand un monstre tout velu est venu lui dire : «si tu ne me donnes pas l’une de tes trois filles, demain je serai là et je te mangerai»!

«s’il y en a une qui veut bien, je te le dirai demain»

Rentré chez lui, pardi, il n’était pas bien fier, mais à force de le voir malheureux ses filles ont fini par le faire parler.
«Pas question lui a répondu la première tous ces poils ça ne me dit rien qui vaille»
«Oh que non lui dit la seconde une bête qui mange les hommes, je n’aime pas ça».
«Eh bien je vais y aller, peut-être qu’elle ne me mangera pas» dit la troisième.

Le lendemain il est reparti finir de labourer son champ et à midi il déballait juste son déjeuner quand la bête est arrivée.
« Alors que t’ont-elles dit» ?
«la première a eu peur de vos poils, la seconde a eu peur de vos dents, le troisième a dit qu’elle voulait bien»
«Eh bien, celle la me va, demain je viendrai la chercher».

Quand il est rentré à la maison le soir il a dit à la plus jeune : «tu es celle qu’il veut»
«eh peut-être qu’il ne me fera pas de mal».

Le lendemain la bête arrive dans la ferme, elle voit les trois filles au coin du feu, elle reconnaît la plus jeune : «allons viens partons»
La jeune fille la suit et ils s’en vont sur les chemins. La maison de la bête c’était pas la porte à côté : ils marchent, ils vont en voiture, à cheval, à mulet, et ils arrivent enfin dans un beau château.

Une fois entrés la bête posa sa peau au porte manteau, c’était un beau jeune homme qui était caché dessous. Il la prend par la main et l’emmène dans une réserve du château et il lui donne une robe «de printanière» une robe pour l’été une autre pour l’automne et enfin une pour l’hiver.
Il se déclare à elle et lui explique que s’il est allé la chercher si loin c’est une affaire de sorcière qui l’obligeait à faire pénitence et à se transformer en bête féroce. Il lui fait aussi cadeau d’une quenouille en argent, d’un fuseau et d’une chambrière, le tout en argent et d’un travail superbe.
Là dessus il lui présente ses parents un père magicien, une mère sorcière et ils vont souper tous ensemble. À la fin du repas il a fallu la porter dans la chambre elle s’endormait sur le dessert.
C’était la sorcière qui lui avait fait boire un filtre : les parents voulaient marier le jeune homme à la fille d’un riche seigneur et pas à la fille d’un laboureur.

Le lendemain ne voyant plus personne elle demande aux domestiques où était son bel ami, et on lui a répondu qu’il était parti se marier dans un autre pays.
Alors elle prend sa quenouille, son fuseau et sa chambrière et elle est parti pour l’autre pays.
Elle a marché, marché, c’était bien loin. Enfin une fois arrivée elle a vu le château et a demandé si on ne pouvait pas lui trouver un travail. On lui a proposé de garder les dindons.

«Eh bien d’accord». le lendemain elle gardait les dindons du château et tout en gardant elle s’est mise à travailler avec sa quenouille. La jeune dame du château qui se promenait voit cette magnifique quenouille dans les mains de sa gardeuse de dindons, «pour une gardeuse de dindons, cette quenouille est vraiment trop belle tu devrais me la vendre»
«Mais madame comment je vais filer si je vous la vends. À la rigueur si vous me laissez coucher avec Monsieur je vous la donne»
«Quelle impudence de vouloir coucher avec Monsieur»
«Quelle impudence de vouloir ma quenouille»
Après avoir réfléchi un moment, la dame lui dit «d’accord ce soir tu coucheras avec Monsieur»
Le soir, la gardeuse de dindons est allée se coucher la première et monsieur ensuite. C’est le jeune homme qu’on lui avait enlevé après le souper et qu’elle avait reconnu. Mais la dame du château lui avait fait donner du pavot et il s’est mis tout de suite à dormir.
Quand elle a vu qu’il ne lui avait rien dit et qu’il dormait profondément, elle se met à chanter dans son oreille :

Mon Dieu mon mari
Jamais tu ne veux m’ouïr
moi qui ai marché un an
la nuit et le jour
Moi qui ai traversé la lune et le soleil
La plaine et l’étang
jusque j’ai eu gâté
Mes souliers de fer blanc
Mon Dieu mon mari
Jamais tu ne veux m’ouïr

Le matin il a fallu qu'elle parte et quand le jeune homme s’est réveillé les gens du château qui avaient entendu la chanson de la gardeuse de dindons toute la nuit lui ont demandé s’il n’avait rien entendu, il dit que non. La journée sa passe comme d’habitude et le soir la gardeuse de dindons se met à filer avec sa magnifique chambrière.
«Oh qu’elle est belle lui dit la dame, tu devrai me donner aussi cette chambrière» Bien sur avec la quenouille seule elle ne pouvait pas bien filer.
«Et comment je vais faire si je vous la donne , ou alors laissez moi coucher avec votre Monsieur»
«Quoi ? tu va bientôt coucher plus souvent avec lui que moi»
«Tant pis, je garde la chambrière»
La dame à qui elle faisait bien envie, dit à nouveau à la gardeuse de dindons, «donne la moi, je ferai ce que tu veux». La gardeuse de dindon est allé se coucher la première et on a encore fait boire du pavot au jeune homme qui s’est endormi tout de suite. Alors la gardeuse de dindons se met à chanter :

Mon Dieu mon mari
Jamais tu ne veux m’ouïr
moi qui ai marché un an
la nuit et le jour
Moi qui ai traversé la lune et le soleil
La plaine et l’étang
jusque j’ai eu gâté
Mes souliers de fer blanc
Mon Dieu mon mari
Jamais tu ne veux m’ouïr

Ceux du château ont bien entendu toute la nuit la chanson de la gardeuse de dindons, mais au matin quand le jeune homme s’est levé on lui a demandé s’il avait entendu quelque chose, il a répondu que non.
La gardeuse de dindons toute triste que le jeune homme n’ait rien entendu est allé à son travail et s’est mise à filer avec le fuseau. La dame qui le voit en a eu fantaisie, mais quand elle lui a demandé de coucher encore avec monsieur l’autre n’a pas voulu. Alors elle lui dit «pourquoi vous ne voulez pas ? vous avez ma quenouille, ma chambrière vous les usez et moi je n’use pas le Monsieur il dort toute la nuit ; je ne vous le gâte pas» ! Alors elle a bien voulu et elle a emporté le beau fuseau. Comme les autres fois la gardeuse de dindons se couche la première et les domestique entre eux se sont dit «cette nuit, ne donnons pas le pavot à Monsieur on va bien voir ce qu’il dira. Prévenu, le Monsieur a fait l’endormi. Alors la gardeuse de dindons comme les autres fois s’est mise à chanter :

Mon Dieu mon Dieu mon mari
Jamais tu ne veux m’ouïr
moi qui ai marché un an
la nuit et le jour
Moi qui ai traversé la lune et le soleil
La plaine et l’étang
jusque j’ai eu gâté
Mes souliers de fer blanc
Mon Dieu, mon Dieu mon mari
Jamais tu ne veux m’ouïr

"Je t’entends c’est pour voir si tu m’étais fidèle". Toute la nuit, ils ont parlé en secret. Au matin ils étaient parti jamais plus on ne les a revu.

Le coq chanta
et la sornette est finie.
Ann

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